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lundi 12 septembre 2016

Banques : une ubérisation peut en cacher une autre

En plus de la révolution digitale qui bouscule le secteur bancaire en l'exposant à la concurrence nouvelle des opérateurs télécoms, la réglementation européenne prépare l'arrivée d'acteurs non bancaires, susceptibles de proposer des services innovants.

Après les télécoms, l'hôtellerie ou encore les taxis, la finance sera-t-elle le prochain secteur à être ubérisé ? Toutes les conditions sont en tout cas réunies : «Ce mouvement de désintermédiation des acteurs traditionnels fonctionne d'autant mieux que la cible conjugue trois facteurs, souligne Philippe Mutricy, directeur du Lab de bpifrance. 

  1. Plus le secteur est réglementé, 
  2. plus ses clients sont captifs et ressentent une forme d'insatisfaction importante, 
  3. plus le terrain est propice. 
L'industrie bancaire jusqu'à très récemment cochait toutes les cases », conclut-il.

Les ambitions d'Orange dans la banque et son alliance avec Apple pour distribuer cet automne en France sa solution de paiement mobile sans contact Apple Pay donnent le sentiment que les dernières digues de la forteresse bancaire ne sont plus loin de tomber. L'opérateur télécoms peut ainsi espérer gagner du temps pour attirer de potentiels futurs clients d'Orange Banque, dont le lancement est prévu début 2017.

A moins d'être client du groupe BPCE ou de Carrefour Banque, la seule façon pour les porteurs d'un iPhone d'utiliser Apple Pay sera en effet, durant quelques mois, d'adopter Orange Cash, l'application de paiement sans contact de l'opérateur. Celle-ci revendiquait début juin plus de 200.000 utilisateurs et «quelques centaines de milliers de nouveaux clients pourraient ainsi basculer », anticipe un observateur averti. Orange pourrait ensuite plus facilement les convaincre de rallier sa banque.

La transformation numérique et les nouveaux usages qu'elle suscite autour du mobile, cœur de métier de l'opérateur, lui donnent de sérieux atouts. Sans compter qu'il bénéficie d'un puissant réseau de distribution, d'une base de clients conséquente à équiper et de moyens financiers à la hauteur de ses ambitions. Pour transformer l'essai, Orange devra néanmoins relever non seulement les défis propres au métier de banquier, mais aussi ceux qui concernent son terrain de jeu naturel. Le secteur des télécoms est en effet lui aussi en pleine transformation.

C'est une faible consolation pour les banques car la révolution digitale va de pair avec un second mouvement structurel de nature à nourrir la tectonique des plaques en cours. Celui-ci est lié à la réglementation.

Initié en 2007 par la directive européenne sur les services de paiement, il va s'accélérer avec un deuxième texte plus connu sous le sigle DSP2. La première directive avait ouvert l'accès de l'industrie des paiements à des acteurs non bancaires. De nombreuses jeunes pousses financières ont émergé mais elles ont essuyé la résistance des banques. Le nouveau texte veut donc forcer ces dernières à ouvrir leurs systèmes d'information. Des acteurs non bancaires auront ainsi, à partir de 2018, le droit d'accéder aux comptes de clients qui les y auraient autorisés pour initier directement des opérations financières. «Le législateur compte sur l'intelligence des banques pour les pousser à la collaboration active avec les start-up afin de favoriser l'émergence de nouveaux services innovants », précise Bertrand Carlier, manager chez Solucom.

De fait les banques réagissent. L'entrée récente de Crédit Agricole au côté de Crédit Mutuel Arkéa au capital de Linxo ou bien l'acquisition l'an dernier par Boursorama de Fiduceo témoignent de leur volonté de garder la main sur ces plateformes de gestion budgétaire. De tableau de bord financier, la deuxième directive sur les services de paiement leur permet en effet de passer au statut de gestionnaire à part entière des finances de leurs clients. Le scénario chinois qui a vu des géants du e-commerce comme Alibaba ou de l'Internet comme Tencent conquérir le secteur financier local au détriment des banques nationales, en construisant tout un écosystème de services autour d'une solution de paiement mobile, ne semble plus très loin…

Mais «rien n'empêche les banques d'avoir la même stratégie d'élargissement de leur périmètre d'intervention en agrégeant des services non financiers autour de leurs données pour se transformer elles-mêmes en place de marché. Elles ont pour ce faire un atout clef : les applications bancaires sont parmi les plus visitées chaque jour par les consommateurs », souligne Olivier Sampieri, directeur associé au BCG.

Dans cette logique, la bataille qui se dessine entre les banques elles-mêmes sur les agrégateurs ne serait qu'une étape d'un défi plus grand : rester au coeur de l'écosystème d'un client dont le mobile serait devenu une sorte de super-télécommande.

En Europe, l'espagnol BBVA a ouvert la voie il y a dix ans déjà avec De Compras, son site Internet comparable à Amazon, dont le slogan est « Nous rendre la vie plus facile ».

En France, deux établissements se sont aussi attelés à la construction d'une plate-forme de services à valeur ajoutée autour du paiement : il y a deux ans, le Crédit Mutuel-CIC a lancé Fivory, solution de paiement mobile qui, en association avec les commerçants, agrège des offres de fidélité et se veut un compagnon de courses.

Dans la même logique, BNP Paribas a annoncé en mai le lancement, d'ici au début 2017, d'une offre concurrente baptisée « Wa ! » en partenariat avec Carrefour.

La menace d'ubérisation que les banques craignent tant est donc double. Mais la plus imminente vient moins d'acteurs extérieurs que de concurrents directs ! En effet, même s'ils en ont l'ambition, tous les établissements ne pourront pas être au cœur de l'écosystème ouvert qui se construit autour du mobile. Une seule chose est sûre : ceux qui rateront le virage digital seront déportés en périphérie.


Vu dans Les Echos du 11/07/16 (Ninon RENAUD)

vendredi 12 août 2016

Le secteur spatial français invité à faire sa révolution culturelle

Dans un rapport sur les enjeux du secteur spatial remis fin juillet, au Premier ministre, Geneviève Fioraso, députée de l'Isère et ancienne ministre de la Recherche, souhaite que la famille française du spatial (CNES, Airbus, Thales, Airbus Safran Launchers…) fasse sa révolution culturelle, afin de ne pas rater la démocratisation de l'accès à l'espace.

Elle, qui s'est battue en 2014 pour le nouveau lanceur Ariane 6 face à ses pairs européens, explique à présent que l'histoire ne s'arrête pas à la réalisation de cette fusée meilleur marché et modulable, mais qu'il faut aller aussi vers l'« open space » : l'espace au service des citoyens

Au sein des entreprises spatiales, longtemps guidées par les seuls progrès technologiques, les ingénieurs doivent accueillir d'autres cultures, pour ne pas se laisser distancer sur l'aval de la filière, à savoir les nouveaux usages du spatial.

Dans son rapport, l'ex-ministre rappelle ainsi la triple révolution en cours dans le secteur
  1. réduction drastique des coûts des lanceurs et bientôt des satellites
  2. accélération du numérique avec l'identification du spatial comme un pourvoyeur de données (Big Data)
  3. concurrence accrue des pays émergents, qui misent sur le spatial pour des raisons de souveraineté stratégiques et pour en faire un levier de développement économique. 
Concernant cette troisième révolution, l'Inde utilise déjà le secteur spatial dans certaines régions pour conduire une agriculture dite « de précision », c'est-à-dire guidée par des données satellitaires en temps quasi-réel. Données météo, climatiques, de positionnement (constellation européenne Galileo) et d'observations de la Terre (constellation Copernicus)…

Plus de 90 % des données offertes par les satellites de Copernicus sont, par exemple, utilisées par les géants du Web américains. « Les développements technologiques actuels permettent d'envisager très bientôt le lien entre l'infrastructure satellitaire et les domaines de l'Internet des objets, de la télémédecine, de la pédagogie numérique ou des véhicules autonomes. La France doit être motrice de ce changement », prône Geneviève Fiorasco. 

Pour faciliter l'émergence des start-up, la ministre insiste sur le besoin de généraliser la traduction des données Copernicus dans un format utile, accessible aux start-up. 

SparkIndata, un projet porté par Atos et cofinancé par le programme d'investissements d'avenir (PIA), est ainsi chargé de simplifier des données géolocalisées pour les intégrer dans différents domaines d'application. Il faut amplifier ses initiatives et ne pas perdre de temps. 

Le Royaume-Uni s'est engagé, avec la création il y a trois ans par les pouvoirs publics du centre Catapult Satellite Applications a déjà fédéré 65 start-up qui veulent exploiter les données spatiales.

Vu dans les Echos du 27/07/16


vendredi 6 mai 2016

Industrie du futur : Bruxelles s'empare du sujet

Industrie du futur : Bruxelles s'empare du sujet
L'industrie européenne doit entrer de plain-pied dans l'ère du numérique. Telle est la conviction de la Commission européenne qui souhaite fixer un cap en la matière.

Alors que la plupart des Etats membres ont lancé leurs propres plans de digitalisation de l'industrie, l'exécutif européen veut lui aussi créer les conditions d'une mise à niveau numérique de secteurs industriels, comme la construction, l'agroalimentaire, le textile ou la sidérurgie.

D'après ses calculs, une telle transformation pourrait générer jusqu'à 110 milliards d'euros de revenus additionnels par an au cours des cinq prochaines années.

Concrètement, Bruxelles ne s'engage pas dans un chantier contraignant pour les Etats membres. Ni règlement, ni directive, mais de simples « communications ». Les chantiers annoncés visent à constituer des centres d'excellence réunissant sur un sujet commun universités, villes, laboratoires de recherche ou entreprises. Si ces « clusters » existent déjà dans de nombreux pays, le but est de faire en sorte qu'ils se propagent dans l'ensemble des Etats membres. Pour cela, Bruxelles se dit prête à mobiliser 500 millions d'euros de fonds européens.